Noémie, Neuchâtel

Noémie, Neuchâtel

À mille mètres d’altitude, sur les hauteurs de Neuchâtel, la maison de Noémie Arrigo semble flotter au-dessus du paysage. Designer graphique, directrice artistique et créatrice de bijoux, elle a entièrement repensé cette ancienne maison campagnarde, faisant de son lieu de vie un prolongement naturel de son univers créatif.

Pourquoi avoir conçu toi-même la transformation de la maison ?

Lorsque j’ai découvert la maison, tout était à repenser et j’ai eu envie de dessiner moi-même l’environnement dans lequel j’allais vivre. J’ai abordé l’espace comme j’aborde un projet de design : chercher l’équilibre, simplifier et donner du sens à chaque ligne. Ma formation en communication visuelle à la Haute École d’art de Zurich (ZHdK), puis mon parcours de directrice artistique, notamment pour des magazines lifestyle, féminins, d’architecture et de design, ont forcément nourri cette manière de penser. En parallèle, je me suis formée de manière autodidacte au design de bijoux. Cette pratique m’a appris à appréhender l’objet plus librement, parfois de manière inattendue, et je crois que cette approche se retrouve aussi dans la maison. Distribution des espaces, cuisine, rangements, vasques, garde-corps, escalier, ouvertures, j’ai tout dessiné au fil des années, de manière assez instinctive, en m’autorisant à expérimenter, corriger et parfois recommencer.

Comment as-tu imaginé les liens entre les différents espaces ?

J’aime l’idée que le corps puisse circuler librement. Et que les idées suivent le même chemin. Les différents niveaux communiquent naturellement entre eux et l’escalier est devenu une sorte de colonne vertébrale de la maison. Avec ses courbes et sa présence sculpturale, il est bien plus qu’un élément fonctionnel : les espaces s’organisent autour de lui. Cette fluidité se poursuit vers l’extérieur. La terrasse prolonge naturellement le séjour et, aux beaux jours, devient une véritable pièce supplémentaire. Même les teintes du sol intérieur et du gravier extérieur se répondent pour estomper la frontière. J’ai toujours rêvé d’habiter une maison de vacances toute l’année.

Et ce rapport très fort à la roche ?

J’ai essayé de faire entrer la falaise dans la maison. Elle est physiquement très présente : la maison vient s’y adosser et elle entoure également la terrasse. J’ai voulu prolonger cette présence minérale à l’intérieur, avec la chape anhydride et ses éclats minéraux, mais aussi la pierre naturelle, le marbre et le granit. Je voulais que les matières racontent la même histoire dedans et dehors, sans rupture.

Comment as-tu fait dialoguer l’ancien et le contemporain ?

Je ne voulais surtout pas effacer l’histoire de la maison. J’aimais l’idée de découvrir, derrière l’enveloppe discrète d’une ancienne bâtisse campagnarde, un intérieur beaucoup plus ouvert et lumineux, presque comme un loft. Les murs ont gardé une certaine texture et quelques finitions préservent volontairement la mémoire du bâtiment. Je suis assez peu attirée par la décoration au sens traditionnel. Je préfère que l’architecture produise l’émotion. L’escalier, les ouvertures, les garde-corps ou les meubles dessinés sur mesure ont suffisamment de présence pour structurer les espaces. Je n’éprouve pas le besoin d’en ajouter beaucoup plus.

La maison influence-t-elle ton travail ?

Oui, absolument. J’ai d’abord créé le lieu dans lequel je voulais vivre, puis c’est dans ce lieu que je continue aujourd’hui à créer mon travail. C’est une sorte de cercle permanent. Rien n’est vraiment figé; habiter, travailler, dessiner ou recevoir font partie d’un même ensemble et chaque activité nourrit l’autre. Cette maison est à la fois mon refuge, mon lieu de travail et un terrain d’expérimentation. Pour moi, le luxe est peut-être justement là : dans la cohérence entre le lieu, les matières, les usages et la manière dont on choisit d’y vivre.