Armand Louis, île Saint Pierre

Armand Louis, île Saint Pierre

L’île Saint Pierre, longue presqu’île bordée de part et d’autre par le lac de Bienne, s’étend sur près de 5km. Interdite au trafic, rattachée à Erlach par le romantique chemin des Païens elle a gardé tout son charme. Elle est accessible à pied ou à vélo par un chemin de terre fine, bordé de roseaux. Cette réserve naturelle estampillée du label Pro Natura jouit d’une situation remarquable. Quelques rares maisons et cabanes se côtoient sur la rive sud. En 1972, l’état décide de rendre ces lieux à la nature, de ne plus autoriser aucune nouvelle construction et met en vigueur un règlement très strict lié aux rénovations possibles sur les structures existantes.  L’arrière-arrière grand-père d’Armand Louis y avait un morceau de terrain et une cabane de pêcheur. Quand en 2007 Armand eut l’opportunité de rénover la cabane toute sa famille s’est mise à la tâche. Après avoir obtenu un permis de construire qui respecte à la lettre les lois en vigueur, Armand dessine une structure toute simple, entièrement en mélèze, avec une seule pièce à l’intérieur. Conditionné par la petite taille des lieux, l’espace est exploité au mieux. Savamment pensé, un grand meuble multifonctionnel, aux nombreux rangements, abrite toutes les nécessités, sert d’armoires de cuisine, de penderie, WC etc. Deux grands lits, dont un coulissant qui vient se ranger sous l’autre pour la journée, complètent le concept très ingénieux. Seule liberté accordée, la paroi entièrement vitrée qui fait face au sud et ouvre sur le deck en ipé : « c’est un bois très stable et durable, la seule essence vraiment apte à résister à l’humidité et aux réels risques d’inondations auxquels la région est sujette » précise Armand.

 

Le couple et leurs enfants y séjournent dès que la saison le permet. La vie dans la nature, les oiseaux, le côté bohème de la cabane, la tranquillité et le calme absolu, confèrent au lieu un charme très spécial : « c’est presque le retour aux sources » raconte Michèle « on vit à un rythme différent, l’effet relaxant de la beauté de l’endroit est immédiat, on laisse le stress derrière nous ». La douche extérieure complète parfaitement la sensation de vacances en pleine campagne. Le Moïtel où Armand Louis et ses deux associés ont leur studio de design de renommée mondiale, Atelier Oï, se trouve pourtant juste en face, de l’autre côté de l’île et du lac de Bienne, à la Neuveville. Michèle a aussi une formation dans l’art, Théo, 17 ans va commencer l’école de sculpture de Brienz et Arno, 14 ans se passione de foot. Lorsque les deux garçons étaient petits, parents et enfants se partageaient les deux grands lits dans la seule pièce de la cabane;  « quand ils sont devenus adolescents il est apparu évident que la cohabitation régulière allait devenir compliquée » explique Armand « nous avons eu l’occasion d’acheter une pénichette, sur laquelle soit un des enfants, soit nous-mêmes dormons ». Nous avons customisé ce bateau tous ensemble, en famille, c’était un projet éducatif intéressant, l’utilisation de matériaux tels que le liège nous a permis de faire des découvertes et des rencontres inattendues. L’été la famille voyage sur le lac de Bienne et les autres lacs avoisinants. La cabane leur offre une évasion au quotidien et leur permet de se ressourcer dans un lieu un peu magique.

 http://www.atelier-oi.ch/

Armand Louis

Comment avez-vous approché les rénovations ?

Notre motivation première était de pouvoir partager notre quotidien entre travail et lieu de vie dans un environnement au milieu de la nature. L’idée de répondre à différents scénarios de vie dans un espace minimal, tout en conservant le confort, a été un élément majeur dans la conception de l’aménagement du mobilier.

Combien de temps ont duré les travaux ?

Il nous a fallu une année pour la conception et la procédure. La réalisation s’est ensuite déroulée sur une période de six mois. Les premières semaines avec une entreprise de construction puis au fil des week-end nous avons réalisé le montage en famille afin de vivre pleinement le projet dans sa réalisation comme une expérience de vie.

Quel matériau avez-vous utilisé pour l’intérieur et l’extérieur de la cabane ?

La cabane est en mélèze, l’intérieur est en contreplaqué revêtu d’une résine à l’aspect de bakélite, matériau idéal pour les fonds de remorques ou de camions, très résistant à l’humidité, le deck est en ipé, également un bois très résistant à l’humidité, la cabane est surélevé, en effet l’île est inondée une fois tous les 10 ans environs et c’est une réalité à prendre en compte quand on construit.

Quelles ont été les contraintes liées au règlement dicté par l’état ?

Le règlement est complètement démesuré et illogique dans la perspective de voir disparaître ces habitations. Ne pouvant intervenir sur le volume construit nous avons de toute évidence opté pour une requalification des matériaux en rapport avec la zone protégée.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Aujourd’hui dans ce lieu. Source d’inspiration pour l’atelier Oï, laboratoire de savoir vivre au milieu de la nature.

Parlez-nous des rénovations du bateau ?

L’idée du bateau était d’agrandir le lieu de vie, une chambre sur l’eau. L’achat de cette  pénichette nous a permis  de réaliser ce projet de la conception à la réalisation en famille sur le même schéma que la cabane. C’est aussi en hiver que nous y avons œuvré tout les week-end en collaboration avec mon frère luthier. Ce projet m’a donné la possibilité  de renouer avec ma première profession de constructeur naval et de revivre des souvenirs d’enfance où nous avons  construit des bateaux à voile avec mon père et mon frère.

Quel matériau avez-vous utilisé pour le bateau ?

Le bateau d’origine est construit en acajou et la particularité est que nous l’avons complètement revêtu de liège.

Comment décririez-vous la décoration et le design de la cabane ?

Il n’y a pas d’idée de décoration. Le lieu est habité par des prototypes, ils y naissent, séjournent, repartent…un lieu sans cesse en mouvement.

Un mot sur Atelier Oï

Nous sommes tous les trois designer et architecte et nous sentons aussi à l’aise dans la construction d’un bateau (ma première passion et formation), que dans celle d’une maison contemporaine, d’une collection pour une compagnie telle que Moroso ou d’un hamac créé avec des chutes de cuir récupérées. L’atelier est aujourd’hui très demandé par les éditeurs de design. Nos lampes, qui semblent respirer ou danser quand on les allume, ont fait le tour du monde.

Vous ne partez jamais sur la pénichette sans emporter…?

Une bouteille de champagne : « Les rêveries” de l’île Saint-Pierre », produit par mon autre frère.

Une journée parfaite à la cabane ?

Elle commence à l’aube par le tour de l’île Saint-Pierre en aviron et se termine en soirée par une partie de volley-ball en famille. Entre deux, les visites surprises de nos amis par voie lacustre ou par le chemin des Païens.